Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 16:55

Le Journal de Civray avait dépêché deux envoyés spéciaux au dernier salon international de science-fiction de Nantes, Utopiales, douzième du nom.

Ce festival est la plus grande manifestation mondiale du genre, avec plus de 46.000 visiteurs du 9 au 13 novembre 2011. Nos envoyés ont eu le plaisir d’y retrouver des personnages déjà connus des Civraisiens, puisque déjà venus en notre belle ville à l’occasion des précédents festivals Miroirs du Futur, ainsi que celui de découvrir de nouveaux acteurs de la scène fantastique française. Ils vous proposent quelques interviews glanés au fil de ces jours… fantastiques ! Notons que Roland Wagner y a reçu le Prix Européen Utopiales des Pays de la Loire pour son roman Rêves de Gloire, qu’il nous présentait en septembre dernier.

Ce roman, largement encensé par les professionnels et la critique, est également titulaire du Prix ActuSF de l’uchronie et du Prix du Lundi (ou Nouveau grand prix de la science-fiction française).

 

 

 

 

Anthelme Hauchecorne

 

 

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Anthelme Hauchecorne est un jeune enseignant qui met les jeunes générations en garde contre les méfaits de nos sociétés hyper consuméristes où les gens achètent de tout et de trop, sauf des livres. Il présentait son premier roman, La tour des illusions, aux Utopiales.

 

JdC : Bonjour Anthelme, et merci de répondre à cet interview pour Le Journal de Civray. Je te découvre ainsi que ton œuvre sur le salon des Utopiales. Peux-tu te présenter, ainsi que tes ouvrages ?

 

Anthelme Hauchecorne (prononcer AnSelme !) : " Je ne suis pas sûr d’être très présentable, mais soit ! L’écriture est un mal incurable, et j’en suis atteint. Je souffre du Syndrome du scaphandrier tel que dépeint par Serge Brussolo, dans l’œuvre du même nom. Je m’assieds devant mon écran, pour plonger dans l’onde claire de la page blanche. Lorsque je refais surface, l’ébauche d’une nouvelle histoire se tient devant moi.
Écrire s’apparente à une variante domestique de la spéléologie. Il s’agit de descendre toujours plus profond, sans se perdre dans la noirceur de l’encrier.

Je suis également passionné de musique. Je n’écris jamais sans. Mes groupes favoris sont Dead can dance, Collection d’Arnell-Andrea, Irfan, Rajna, Punish yourself…
C’est tout ce qu’il est besoin de savoir de moi.

Concernant mon travail, j’ai débuté modestement. Avant d’écrire, je ne connaissais rien au monde de l’édition. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin, en m’efforçant d’apprendre de mes erreurs. Mes premières publications, je les dois à des webzines (Traversées Oniriques, Reflets d'Ombres…), des magazines (Khimaira…), des fanzines (Géante Rouge, Calepin Jaune, Éclats de rêves, Phénix Mag…), des anthologies (Parchemins et Traverses, Griffe d’Encre, Big Bang Éditions, Fan2Fantasy, Malpertuis…). Ce ne sera qu’après trois années, et cinquante nouvelles, que je m’attèlerai à mon premier roman.

La Tour des illusions est mon premier texte long, et la traduction de mon intérêt pour le monde de la rue. Un modeste hommage aux milieux anarcho-punks, à l’underground libertaire des années 80, aux groupes français qui l’ont marqué : les Béruriers Noirs, les Ludwig von 88, Gogol Ier, Parabellum, La Souris Déglinguée… À partir de bribes de cette décennie d’espérances (aux antipodes de celle qui s’annonce), j’ai bricolé mon conte de béton, aux riffs industriels. Une œuvre émaillée de références aux humoristes phares de l’époque : Desproges et Coluche.

L’idée de ce roman m’est venue à la lecture d’un article du Canard enchaîné, prenant pour thème les arrêtés anti-mendicité qui fleurissent partout dans l’Hexagone, depuis des années. Je ne citerai pas les communes de Nogent-sur-Marne, ou de La Madeleine. Ni celles de Marseille, ou de Paris. Les responsables se reconnaîtront. Je me borne seulement à observer. Qu’en période de récession économique, la volonté politique a choisi son camp.
Le camp des marchés financiers, contre les contribuables.
Le camp des riches, contre les pauvres.
« Et cachons la misère plutôt que de la combattre. »
S’il se trouve encore en France des indigents d’esprit pour reconduire la mafia politique en place alors, je l’écris sans fard, cette nation n’aura que ce qu’elle mérite… Depuis 2007, la Gaulle me fait honte. J’ai le sentiment d’être retenu en otage dans mon propre pays.

La Tour des illusions a été écrite peu après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence. Ce qui explique peut-être sa tonalité nostalgique. Pour ajouter un contrepoids de taille aux thèses sécuritaire de notre tyran bienaimé, et tordre le cou aux idées reçues sur les SDF, je rappelle ici que les SDF (Sans Domicile Fixe) sont des contribuables comme les autres. Ils paient leurs impôts. La TVA les frappe comme vous et moi (et plutôt durement !).
Pourtant, dès lors que l’on parle de SDF, les gens se ferment. La propagande gouvernementale a bien fait son œuvre. Dans le terreau de l’inconscient collectif, les messages subliminaux ont germé. Une belle moisson d’idées reçues, et de contrevérités. « Voleurs », « fainéants », « mauvais citoyens » sont des balourdises qui reviennent trop souvent.

La Tour des illusions vient mettre les « poings » sur les I.
Les « voleurs » ne hantent pas les rues, mais les salles de marché. Et le plus beau, c’est que vous leur avez remis votre argent, de votre plein gré.
Les « fainéants » ne sont pas SDF, mais rentiers, de leurs portefeuilles d’actions, de leurs empires immobiliers.
Quand aux « mauvais citoyens », il n’y a que l’embarras du choix.
Il y a les menteurs, et les cons qui les croient.

La Tour des illusions est l’exutoire à mon mal être. À mon sentiment de décalage avec notre époque. J’aurais aussi pu bien perdre mon temps en vaine thérapie. À la place, j’ai préféré me donner en spectacle. Il faut croire que passé un certain cap, l’indignation contraint à une curieuse forme d’exhibitionnisme. Qui consiste à exprimer sa colère, en espérant que d’autres y fassent écho.
Après un an à écumer les salons littéraires de tous poils, je peux l’affirmer d’expérience : notre pays regorge de personnes en colère, et non sans raison.

La Tour des illusions n’est que le premier pas d’un projet plus global, et plus ambitieux qu’un vulgaire coup de gueule. Parce que j’ai une haute idée de ce dont l’Humain est capable (plus que de zapper de chaîne en chaîne et d’acheter la dernière merde à la mode), j’ai fait don de l’intégralité de mes droits d’auteurs au Secours Populaire.
Je n’écris pas par amour du pognon, mais bien parce qu’il me débecte.

Avec le recul, toutefois, la Tour des illusions tient peut-être plus du manifeste balbutiant que du roman parfaitement maîtrisé.
De nouveaux projets viendront combler ses lacunes.

En mars 2012 sortira Baroque ’n’ roll, chez l’éditeur Midgard. Ce recueil de nouvelles sera disponible en avant-première au salon littéraire Zone Franche de Bagneux, les 10, 11 et 12 février.

Puis, en septembre 2012, sortira chez le même éditeur Âmes de verre, mon premier roman de maturité. Un conte de fantasy urbaine prenant Lille pour cadre. Une épopée croisant déclin industriel et légendes païennes, sur fond de cultures alternatives".

 

JdC : Une dernière chose pour nos lecteurs ?

 

A.H. : " Rien d’autre que le mot de la FIN. Et un souhait. Que vos lecteurs lisent autant d’auteurs français qu’il leur est possible : Jérôme Noirez, Catherine Dufour, Jeanne-A Debats, Alain Damasio, Joël Houssin, Justine Niogret… Le fantastique français étouffe.
Vous êtes son oxygène".

 

Laurent Kloetzer

 

 

 

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Le Journal de Civray : Bonjour Laurent Kloetzer, et merci pour cet interview pour les lecteurs du JdC. Pouvez-vous vous présenter ?

 

Laurent Kloetzer : "Je suis né en 1975, je suis un lecteur de SF/fantasy depuis mes 10-12 ans et j’ai publié mon premier roman, qui s’appelle Mémoire vagabonde, chez Mnémos en 1997.

A l’époque, c’était une jeune maison d’édition qui lançait des romans, d’abord dans l’univers du jeu de rôles, ensuite des romans de fantasy français par des nouveaux auteurs, et j’ai eu la chance d’être publié par Stéphane Marsan, qui a ensuite publié mon second roman, La voie du cygne, en 1999.

Mon troisième roman, Le royaume blessé, a été publié chez Denoël en 2006, ainsi que Cleer, roman écrit à quatre mains avec ma femme en 2010".

 

JdC : Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

L.K. : "A travers le jeu de rôles : quand j’avais 8-10 ans, j’ai commencé à y jouer, puis les histoires sont devenues plus riches, et très vite, j’ai eu envie d’écrire des textes qui se passaient dans l’univers dans lequel je venais de jouer : d’abord des petites scènes, qui sont devenues de petites nouvelles, et un jour je me suis rendu compte que je pouvais en écrire qui n’avait pas forcément un rapport avec les jeux.

L’expérience aidant, on se dit, «tiens, je peux écrire une nouvelle». Et après en avoir écrit pas mal, je me suis dit «tiens, si j’écrivais un roman» ; j’avais pris un bouquin de poche, j’ai compté le nombre de mots, j’ai vu que cela faisait 80.000 mots. Je me suis donné un été, et j’ai écrit 80.000 mots en arrivant à empiler les trucs. Et je me suis dit «ah, d’accord, j’ai pigé».

C’est venu naturellement, avec le travail et la persévérance".

 

JdC : Dans quels univers ?

 

L.K. : "C’est toujours un peu le même, puisque tous mes premiers romans ont en commun un univers médiéval fantastique, très classique, qui était mon univers de jeux, et que j’ai ensuite adapté pour les besoins des bouquins.

Tous mes livres se rattachent au même imaginaire, même si ce n’est pas apparent au prime abord.

Par exemple, j’avais publié en 2001 chez Nestiqueven, Réminiscences 2012, des nouvelles de science-fiction qui racontaient des histoires de détective privé en 2012 (c’était le futur !) et ce personnage se retrouvait à visiter d’autres imaginaires, d’autres univers, dont ceux de mes premiers romans".

 

JdC : Avec Cleer, votre dernier roman, vous changez totalement d’univers, puisque vous explorez le monde des multinationales et de leur communication.

 

L.K. : "En effet, mais en réalité il y a une connexion pour moi, même si ce n’est pas apparent, entre Cleer et ma pratique du jeu de rôles : les idées de ce roman sont nées avant l’écriture du texte, et c’est un univers dans lequel des histoires ont été jouées.

Ce livre, en fait, joue à la fois sur le monde des grandes entreprises et sur le fantasme qu’elles incarnent.

Et dans la première nouvelle, Pensez à eux, l’héroïne, Charlotte, alors qu’elle se fait embaucher et fait son premier jour de travail chez Cleer, a des rêves d’une vie professionnelle très différente, où elle a un boulot assez abrutissant, où elle prend un train en banlieue sinistre, où elle est seule… Et on peut se demander, et c’était pour moi l’idée, quel est le rêve en fait.

En réalité, elle se demande si son boulot chez Cleer n’est pas un rêve. Parce que Cleer est une entreprise où tout se passe bien, où les employés s’y accomplissent. Et on sait pas vraiment si elle est réellement en train de travailler là, ou si c’est juste un rêve de l’endroit où elle aurait aimé travailler : on peut imaginer qu’elle a une vie professionnelle beaucoup plus terre à terre.

Tous ces passages-là sont pleins de mes souvenirs personnels de différentes expériences dans des boîtes d’informatique".

 

JdC : C’est une approche différente de ce monde, bien loin de celui du cyberpunk, avec ses zaïbatsus (Ndlr : grand groupe d’entreprises japonaises. Ce nom est repris dans la science-fiction pour définir des cartels économiques).

 

LK : "Ah oui, Cleer se passe maintenant, on n’est pas dans le futur. Je pense que c’est ce que les grandes entreprises rêveraient d’être. Pas vraiment ce qu’elles sont, mais ce à quoi elles tendent.

En fait, il y a quelques boîtes qui, pour moi, peuvent représenter un peu ça. Il y a les grandes sociétés de conseil international qui ont cette espèce de culte de la performance individuelle, et aussi un vrai souci du développement de leurs collaborateurs, même si c’est dans des logiques qui pourraient être jugées assez étranges par les gens qui y sont extérieurs. Elles disent «les gens qui travaillent pour nous sont les meilleurs, alors on va très très bien les traiter, leur donner les meilleures formations du monde».

Il y a aussi ces boîtes (je ne cite pas de marques !), et je pense à une très célèbre société de gadgets électroniques qui cultive une image de vendre des produits qui sont tellement bien faits, tellement intelligents qu’ils rendent les gens tellement meilleurs, tellement plus cools.

Ou alors cette autre société d’informatique qui est douée pour faire des interfaces tellement simples qu’il suffit de poser une question et ça vous donne la réponse.

On sait très bien que pour obtenir la simplicité d’utilisation, notamment dans le domaine technologique, c’est extrêmement dur, parce que ça veut dire qu’il faut quelque chose de l’ordre de la détection d’intention des utilisateurs, et dans Cleer, ils savent faire ça car ce sont les meilleurs : tous leurs produits (téléphones, voitures…) sont tellement bien faits et tellement simples que tout le monde adore".

 

JDC : Vous avez écrit ce roman avec votre femme. Elle-même est-elle rôliste et quelle a été sa participation ?

 

L.K. : "Nous l’avons fait ensemble, parce que nous vivons, écrivons des histoires, jouons des jeux de rôles ensemble.

Cela faisait longtemps qu’elle suivait ce que j’écrivais : c’est assez facile de travailler avec quelqu’un avec on lequel on vit, en fait. On peut en parler n’importe quand, et c’est un plaisir".

 

JdC : Vous avez reçu dernièrement le prix des blogueurs : que effet cela vous fait-il ?

 

L.K. : "Nous sommes très contents, car Cleer est un roman qui a eu énormément d’échos sur internet : billets de blogs, commentaires, analyses, parfois extrêmement poussées, ce qui extrêmement satisfaisant pour un auteur.

Car le discours d’une œuvre n’est jamais évident, parce que l’avantage d’une fiction est que l’on peut ouvrir plusieurs interprétations possibles : on n’est pas obligé d’ouvrir une porte et de fermer toutes les autres, et beaucoup de lecteurs, notamment des chroniqueurs de blog ont saisi ça et l’ont apprécié pour cette raison, ce qui était vraiment notre propos.

En effet, ce roman n’est pas du tout une dénonciation des très grandes boîtes, ce qui serait très facile, mais le portrait d’un rêve, d’un idéal, même si un idéal n’est pas toujours festif, car ça peut être terrifiant.

On est très content d’avoir le prix des blogueurs, car ça correspond bien au livre, et on espère que ça donnera à d’autres blogueurs envie de le lire, ainsi qu’à d’autres gens : c’est très spontané et c’est une reconnaissance des lecteurs".

 

JdC : Quels sont vos futurs projets ?

 

L.K. : "On a un projet commun à quatre mains, mais dont je ne parlerai pas car il est actuellement en cours.

Et j’ai un projet annoncé qui s’appellera Petite mort, qui paraîtra au mois de janvier chez Mnémos, et qui sera une série d’histoires mettant en scène Jaël de Kherdan, le héros de Mémoire vagabonde, mon premier roman.

C’est un personnage un peu inspiré de Casanova, un libertin du XVIIIème siècle un peu inconséquent, très séducteur, et qui a de graves problèmes de mémoire.

Il ne sait jamais tout à fait où il était hier et où il sera demain, et pas tellement parce que c’est un alcoolique, même s’il boit pas mal, mais plutôt parce qu’on ne sait jamais si ce qu’il vit est quelque chose de réel, ou qu’il imagine, un rêve dans un rêve, ou un rêve dans un rêve dans un rêve.

C’est beaucoup d’histoires d’amour, avec des femmes rêvées, ou qui auraient pu avoir lieu mais qui n’ont peut-être pas existé".

 

JdC : Toujours ce thème récurrent du rêve dans votre œuvre ?

 

L.K. : "Oui, c’est un de mes sujets : le fantasme, le rêve éveillé, les choses qu’on aurait pu faire et qu’on n’a pas faites, les gens à qui on aurait aimé parler et auxquels on n’a pas parlé, les vies qu’on aurait pu avoir et qu’on n’a pas eues (ou qu’on a eues).

Je pense que dans tous les gens, il y a ce qu’ils font, ce qu’ils ont évité et ce qu’ils auraient aimé être. Et toutes les vies qu’ils ont imaginées, et cela, c’est eux aussi. Et tout cela prend beaucoup de place, tout ce qui n’a pas été fait, les chemins non parcourus, et ça fait partie des gens également.

Christopher Priest a écrit un livre absolument remarquable sur cette idée qu’il tire, parce qu’il est très bon, non seulement au niveau des personnes, mais aussi d’un pays.

Il développe l’idée de la tentation pacifiste en Angleterre en 1940, au moment où ce pays a failli signer une paix séparée avec l’Allemagne nazie. Son livre essaie de montrer qu’elle est à la fois le pays victorieux d’Hitler, l’Angleterre combattante et belliciste, la nation de Churchill, celle qui promettait le sang et les larmes, mais qu’il a existé de manière très forte et très lourde une tentation à ce moment-là de dire « mais non, on n’est pas des grands guerriers comme ça, on va faire la paix ».

Son livre présente de manière involontaire Churchill comme un dangereux va-t-en guerre, un type qui va causer des tas de morts, parce qu’il va lancer son pays dans la guerre, et essaie de montrer que l’Angleterre est à la fois ce qu’elle a été vraiment et ce qu’elle n’a pas été. C'est-à-dire le pays qui a fait la paix de manière séparée, qui a négocié et engendré un monde différent.

Ce n’est pas vraiment de l’uchronie, car son but n’est pas d’explorer la divergence, mais plutôt de montrer comment celle-ci est présente dans l’inconscient des anglais.

Priest lui-même est né dans les années1940 sous le Blitz, et cela explique deux-trois choses".

 

 

 

Mathieu Gaborit

 

 

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Né en 1972, Mathieu Gaborit est un de ces jeunes auteurs français de la nouvelle vague de fantasy découvert par les éditions Mnémos. Venant des Jeux de rôles, il a publié de nombreux romans de fantasy, dont plusieurs cycles : Les chroniques des crépusculaire, Abyme, Bohème, Les chroniques des féals. Il a également participé à la création et à l’écriture de jeux de rôles et de jeux vidéos.

Son dernier ouvrage paru en 2011 : Chronique du soupir.

 

JdC : Mathieu, peux-tu te présenter en quelques mots ?

 

Mathieu Gaborit : "Je suis un forçat, ou presque forçat de l’imaginaire, puisque j’ai à peu près touché à tous les media depuis l’âge de 23 ans. J’ai publié un premier jeu de rôles, qui s’appelait Cream, et à partir de là, j’ai évolué au travers du jeu de rôles et du roman.

J’ai commencé avec les éditions Mnémos, et la suite s’est enchaînée : j’ai pu faire d’autres romans et enfin j’ai découvert l’écriture à travers le jeu vidéo. En effet, je travaille comme scénariste pour plusieurs boîtes de jeux vidéo, dont, tout dernièrement Ubisoft avec Heroes Might and Magic VI".

 

JdC : Tu es donc un rôliste devenu écrivain.

 

M.G. : "Avec Fabrice Colin et d’autres, nous venions du jeu de rôles, d’une culture de l’imaginaire, qui a grandi avec les dessins animés de l’époque , et nous étions perméables à cette culture-là.

Et pour peu qu’on ait un appétit littéraire et qu’on puisse le faire, tout ce que génère le jeu de rôles en termes de créativité, de scénarios, d’histoires, de cohérence d’univers se transforme en roman.

C’est vrai qu’on a appris le métier avec les éditions Mnémos : quand elles se sont créées, elles ont cherché des auteurs, et nous nous sommes présentés avec des bouts de manuscrits, des choses assez inabouties, et on a pu publier des romans très facilement, sans passer par le cycle des envois, des refus : on a eu beaucoup de chances de ce côté-là.

JDC : Tes premières œuvres sont donc le fruit d’une collaboration auteur/éditeur ?

MG : Ce que dit Stéphane Marsan, qui avait fondé les éditions Mnémos et aujourd’hui Bragelonne, c’est qu’il a appris le métier d’éditeur en même temps que nous apprenions celui d’auteur. Parce que l’on apprend à écrire en écrivant, et nous avons eu la chance de le faire de manière totalement empirique, mais surtout très pragmatique, puisque nos romans étaient publiés.

Et c’est vrai que les éditions Mnémos étaient un véritable atelier de création, puisqu’on était souvent ensemble : on écrivait ensemble, les uns à côté des autres, et ce travail presque en commun était très enrichissant. Ca a d’ailleurs débouché sur un travail à quatre mains avec Fabrice Colin (Confessions d'un automate mangeur d'opium), qui en est le prolongement".

 

JdC : Cela n’a pas été trop dur de passer à l’écriture ?

 

M.G. : "Cela n‘était pas très dur, mais pour autant, je ne savais pas écrire.

Ce que j’ai publié étant plus jeune, je n’ai d’ailleurs pas su l’assumer, car j’ai fait pas mal de travail de réécriture, et je pense que c’est une erreur : comme les anglo-saxons, ou même des auteurs européens, l’important est d’assumer ses œuvres de jeunesse, avec ses défauts et ses qualités. C’est idiot de réécrire, parce que à ce compte-là, on réécrit le même bouquin toute sa vie.

Cela fait quinze ans que je publie des romans, et aujourd’hui encore, je découvre plein de choses, et j’en découvrirai encore dans quinze ans, heureusement.

Et c’est vrai que l’imaginaire est un genre qui appelle aussi d’autres expérimentations de style".

 

JdC : Des projets pour l’avenir ?

 

M.G. : "Pour l’instant, trois projets, dont deux à court terme.

Soit un roman interactif sur la façon des «livres dont vous êtes le héros», mais sur support numérique : on est venu me voir pour ce petit projet, que j’ai trouvé passionnant. En plus, il concerne les zombies, que j’adore.

Et une adaptation jeu de rôles des Chroniques des Féals (publiées chez Bragelonne), qui sortira aux Editions Sans-Détour pour le FIJ, le festival international du jeu à Cannes.

Par ailleurs, j’ai un roman en préparation, d’anticipation, puisque j’avais envie d’aller vers une écriture plus contemporaine, et un autre univers".

 

JdC : Une dernière chose ?

 

M.G. : "Oui, que je dis souvent aux lecteurs qui viennent me voir : à une époque anxiogène, difficile, il faut absolument veiller sur ses rêves, en prendre soin et être vigilant".

 

 

Sébastien Degorce

 

 

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Notre journaliste a eu la surprise de rencontrer à Nantes, lors des un éditeur qui connaissait, et même très bien, Civray.

Sébastien Degorce est un jeune éditeur parisien qui collabore aux Editions Angle mort, une revue électronique de littératures de genre (science-fiction, fantasy, fantastique..).

 

JdC : Bonjour Sébastien. Merci de vous présenter, ainsi que votre revue numérique, Angle mort, à nos lecteurs.

 

Sébastien Degorce : "Bonjour. Je suis éditeur dans le domaine du technique, mais ma passion est la science-fiction : j’en écris, mais je fais également partie d’une équipe qui travaille depuis un an sur un projet qui s’appelle Angle mort, sur le postulat de publier 4 nouvelles tous les 3 mois (2 nouvelles d’auteurs très connus et 2 nouvelles de jeunes auteurs en devenir). Nous venons de sortir le dernier numéro (5), juste avant les Utopiales.

C’est une revue numérique qui propose en fait des contenus en ligne : les nouvelles peuvent être lues gratuitement sur écran, ou la totalité des fichiers être téléchargée en e-book (formats pdf, e-pub ou .mobi). Pour 2,99 euros, vous avez le fichier du numéro complet contenant les textes des nouvelles et les interviews de leurs auteurs".

 

JdC : Comment devient-on éditeur ?

 

S.D. : "On devient éditeur ! ? Ah là là, c’est beaucoup de travail ! Moi je suis éditeur, mais c’est plutôt secrétaire de rédaction assistant d’édition qu’on devrait dire, parce que je fais de la mise en page, de la lecture, de la correction, de la réécriture.

Rien à voir avec un éditeur traditionnel qui crée sa boîte -parce qu’il faut un fric monstre !

Quand j’ai commencé à travailler dans l’édition, je devais faire un stage. J’étais fan de Moorcock, et quand on m’a dit «tu vas travailler à l’Atalante», j’ai fait des bonds de joie.

Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens très vite, alors que j’étais un berrichon, petit-fils de paysans poitevins, qui arrive à Paris et qui devient éditeur.

Et ainsi, dans ce cadre et du jour au lendemain, j’ai pu rencontrer Sébastien Cevey, qui dirige maintenant la revue ainsi que David Queffelec, Christophe Duchet (Snid) et Laurent Queyssi. Et toute cette équipe a donné naissance à Angle mort.

C’est vraiment un projet dans lequel je me suis senti bien tout de suite, et ça s’est confirmé : au bout d’un an, je me rends compte que ces personnes-là ont une exigence.

Car si nous donnons sa chance à un auteur sur un texte, il nous faut quelque chose en plus : on ne veut pas de textes manichéens, le bien contre le mal, ni surfer sur une niche ou une mode. Nous publions des textes transgenres, pas forcément difficiles d’accès, mais qui demandent un effort de lecture. Ce n’est pas de la littérature purement de divertissement, il y a de la recherche, voire même des récits expérimentaux, et notre gageure est de publier des choses qui ne sont pas consensuelles.

Et pour l’instant, apparemment, les gens aiment : depuis que la revue existe, on a eu à peu près 4500 téléchargements. On a pris des risques et notre revue a déjà acquis une certaine « légitimité » dans le milieu : des sites comme Bifrost ou Actu SF ont fait de bonnes critiques sur nous".

 

JdC : Vous avez également une édition papier ?

 

S.D. : "Non, seulement numérique, mais nous proposons différents formats pour les différentes tablettes du commerce, en plus de la lecture sur ordinateur".

 

JdC : Vos projets pour Angle mort ?

S.D. : "Continuer à faire 4 interviews par numéro, et maintenant proposer un feuilleton de Léo Henry : à côté du site, il y aura une interface avec sa propre identité graphique qui lui sera dédié.

Egalement, pouvoir permettre aux gens qui arrivent et qui découvrent Angle mort en prenant un abonnement de pouvoir recevoir gratuitement les premiers numéros déjà parus.

Et puis essayer de rétribuer de manière sérieuse nos auteurs, qu’on ne pouvait se permettre de payer, ou alors de manière symbolique, contrairement à nos traducteurs : maintenant, nous commençons à trouver des solutions pour pouvoir les rémunérer et par conséquent élargir notre offre".

 

JdC : Comment sélectionnez-vous les auteurs des futurs numéros ? En faisant un appel à textes ?

 

S.D.: "Non, nous les recrutons. Notre but est de publier des nouvelles vraiment inédites, aussi, pour les textes inédits en France et publiés dans d’autres pays, nous contactons les auteurs et traduisons leurs nouvelles. Nous allons les chercher dans des anthologies anglaises ou américaines, et si le texte plaît à la personne qui fait cette première sélection, nous prenons directement contact avec l’auteur ou son agent.

Jusqu’ici, on a réussi à avoir des auteurs plutôt connus, comme William Gibson dans le dernier numéro : ils nous suivent tous !

Egalement, ponctuellement, certains auteurs sont allés sur le site, et nous ont envoyé directement leurs textes.

Et parfois, nous commandons également des nouvelles : nous demandons à certains auteurs d’écrire une nouvelle sur un sujet dont ils ont déjà parlé.

Quand elle arrive, nous l’annotons, car il y a tout un travail en amont : c’est une revue numérique, mais nous faisons quand même un vrai travail d’éditeur. Nous recevons les textes, les corrigeons, les réécrivons avec l’auteur, nous avons créé une charte graphique… c’est clairement une valeur ajoutée".

 

JdC : Combien de personnes dans l’équipe ?

  

S.D. : "Les fondateurs sont trois, et le noyau dur comprend 6 personnes.

Vous trouverez sur le site tous les noms des traducteurs, les personnes qui s’occupent de générer les e-book, de gérer la communication…

Personnellement, je participe aux interviews, recrute des auteurs, corrige les textes, fais partie du comité de lecture, mais mon gros travail est de tout relire, de m’assurer qu’il n’y ait pas une seule faute, une seule coquille, et de retravailler les textes avec les auteurs."

 

JdC : Et pour nos lecteurs du Journal de Civray, nous rappelons que vous êtes originaire de la région…

 

S.D. : "Mon père a passé une partie de sa jeunesse dans le Berry, mais sa famille est de Civray, où il est né. Mon oncle, ma tante, mes cousins habitent encore à Saint Macoux, où, enfant, je partais tous les ans en vacances (une anecdote : j’avais une peur terrible du vélo, et mes cousins et surtout mon oncle avaient pour mission de m’apprendre à en faire !).

Et d’ailleurs, on parle de SF, mais quand j’étais gamin, quand je voyais quelqu’un tenir en équilibre sur un vélo, ça me semblait tellement bizarre que, d’un coup, j’avais l’impression qu’il ne s’agissait plus de la même personne. D’ailleurs, quand je voyais passer ma voisine à vélo, je me disais «ce n’est plus elle, c’est un extraterrestre".

 

JdC : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

 

S.D. : "Je voudrais dire bonjour à tous les gens qui m’ont connu quand j’étais petit, à Civray et à Saint Macoux. Et puis surtout, ce que j’aimerais dire, c’est que l’édition change, que la France a beaucoup de retard et a peur du numérique, mais que nous essayons de participer à cette période charnière de défrichage.

Aussi que, si des gens, dans le Poitou ou de la région de Civray, veulent aller sur internet et consulter mes nouvelles, ils peuvent le faire gratuitement.

Et si jamais ils veulent connaître un peu plus nos auteurs et notre démarche, ils peuvent télécharger et regarder nos interviews".

Site des éditions Angle mort : http://www.angle-mort.fr/ 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par JdCblog - Publié dans : Lectures
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Commentaires

Bonjour,

merci de rapporter mes propos. Je demande toutefois une petite rectification. Si par hasard (et j'y crois peu), j'ai dit que Mnémos a disparu, alors je me demande où était ma tête. Mnémos va très bien, cette maison d'édition publie d'ailleurs ce mois-ci un livre d'un auteur avec qui je me sens de nombreuses affinités.

Bien cordialement,

LK

Commentaire n°1 posté par Laurent Kloetzer le 09/01/2012 à 08h00
Bonjour, j'ai fait part à Françoise, l'auteur de l'article, de votre remarque, et, j'ai donc enlevé de l'interview la phrase fatale.
Réponse de JdCblog le 12/01/2012 à 17h40

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  • Passionnée d'écriture, amoureuse de Civray (Vienne)où j'habite ; rédac'chef de l'hebdomadaire local, j'ai envie de vous faire partager un peu de ma vie de journaliste.
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